Le guide pratique "S'aimer soi-même" de Sue Atkinson, publié chez Empreinte en 2008, suscite des réactions contrastées. D'un côté, des libraires saluent une approche aérée, des témoignages utiles et un vrai travail sur la mauvaise estime de soi. De l'autre, certains points de vente chrétiens refusent carrément de le référencer, pointant des affirmations jugées ambiguës sur la foi, la place des animaux ou la pensée positive. Avant d'acheter ce livre, mieux vaut savoir ce que vous y trouverez vraiment.
De quoi parle vraiment ce guide pratique
Sue Atkinson compare la personne qui souffre de complexes, de blessures ou d'une faible estime de soi à quelqu'un qui aurait construit une tour pour s'y réfugier. Pendant des années, elle-même s'est vécue comme une "ratée", isolée des autres et du bonheur par un mur invisible. Le livre raconte son cheminement pour ouvrir des brèches dans cette muraille et commencer à s'apprécier.

L'ouvrage est découpé en neuf parties qui suivent cette métaphore du mur : des racines du mal aux brise-lames, en passant par la vie en pointillés ou la "guerre des mondes". Chaque chapitre se termine par un point d'ancrage et des activités concrètes pour mettre en pratique ce qui vient d'être lu. C'est ce qui fait la particularité du livre : il ne se contente pas de décrire un problème, il propose des exercices.
Ce que les lecteurs apprécient
Les avis de libraires soulignent plusieurs qualités :
- une mise en page aérée qui rend la lecture fluide
- des témoignages personnels qui enrichissent le propos
- un angle pratique avec des activités à faire chez soi
- un ton accessible, pas de jargon psy
Ce qui fâche une partie des lecteurs croyants
Plusieurs passages ont été jugés problématiques par des libraires spécialisés dans l'édition chrétienne. À la page 25, l'auteure affirme que tous les êtres humains sont des enfants de Dieu, une position théologique contestée. La page 30 contient des propos jugés confus au sujet de l'amour de Dieu. Plus loin, la vision de la place des animaux dans la création et le salut (page 120) et un passage sur la mort d'un chien (pages 187-188) ont été critiqués. Enfin, la référence à la pensée positive (page 180) est vue comme ambiguë par certains lecteurs.
Le reproche principal : Sue Atkinson cite la Bible à plusieurs reprises mais, selon ces libraires, n'encourage jamais vraiment le lecteur à se tourner vers Dieu ou les Écritures. Pour un public chrétien traditionnel, le livre manque donc de fondement spirituel clair.
Comparaison avec un autre guide du marché
Pour vous aider à choisir, voici une comparaison entre "S'aimer soi-même" de Sue Atkinson et "Apprendre à s'aimer" de Pierre Pradervand, publié aux Éditions Jouvence en 2021.
| Critère | S'aimer soi-même (Atkinson) | Apprendre à s'aimer (Pradervand) |
|---|---|---|
| Prix | 13,20 € | 5,95 € |
| Nombre de pages | 192 pages | 120 pages |
| Format | 14 x 21 cm, broché | 10,5 x 17,5 cm, broché |
| Approche | Témoignage + exercices pratiques | Conseils courts, mise en pratique immédiate |
| Références religieuses | Bible citée, mais ambiguë pour certains | Aucune, approche laïque |
| Public visé | Personnes en souffrance, blessées, complexes | Tout public, débutants sur l'estime de soi |
| Année de parution | 2008 | 2021 |
Le livre de Pradervand part d'un constat simple : beaucoup de gens pensent que s'aimer est égoïste. Il définit l'amour comme "vouloir le vrai bien de l'autre" et propose des thèmes concrets : reconsidérer l'image de soi, écouter ses besoins, apprendre à dire non, congédier son juge intérieur. C'est plus court, moins cher, et sans aucune référence religieuse. Si vous cherchez une première lecture légère, c'est un bon point de départ.
Le livre d'Atkinson est plus dense, plus personnel, et s'adresse à des lecteurs qui souffrent depuis longtemps d'une mauvaise estime d'eux-mêmes. Il demande du temps et une certaine acceptation des références bibliques, même si elles sont utilisées de manière libre.

Les 5 habitudes concrètes pour commencer à s'aimer
Un article du blog Pêche Églantine, destiné aux entrepreneures, propose des habitudes simples qui rejoignent les exercices d'Atkinson. Les voici, adaptées pour un usage quotidien :
- Démarrer la journée par une phrase bienveillante : au réveil, prenez trois secondes pour vous dire une parole encourageante. Cela conditionne votre humeur pour la suite.
- Noter chaque petite réussite : tenez un carnet (ou une note sur votre téléphone) de vos victoires, même minuscules. Retourner une crêpe sans la casser, terminer une tâche administrative, dire bonjour à un voisin. L'idée est de prendre conscience du chemin parcouru.
- Se traiter comme sa meilleure amie : quand vous vous critiquez, demandez-vous si vous parleriez ainsi à votre meilleure amie. Changez de ton.
- Accepter les hauts et les bas : l'auteure du blog admet qu'elle-même connaît des jours avec et des jours sans. L'objectif n'est pas la perfection, mais la réduction des "jours noirs".
- Dire non sans culpabiliser : cela rejoint le conseil de Pradervand. Refuser une tâche ou une invitation qui ne vous convient pas, c'est un acte d'amour envers vous-même.
Ces habitudes sont gratuites, ne demandent aucun matériel, et peuvent être mises en place dès demain matin. Le blog précise bien qu'il n'y a pas de recette magique et que c'est un chemin semé d'embûches, mais que la pratique régulière réduit les moments de doute.
Les erreurs à éviter quand on commence ce travail sur soi
D'après les sources consultées, plusieurs pièges reviennent souvent :
- Vouloir tout changer d'un coup : Atkinson compare le cheminement à l'ouverture de brèches dans un mur, pas à sa destruction en un jour. Allez-y progressivement.
- Confondre estime de soi et égoïsme : Pradervand insiste sur ce point. S'aimer n'est pas se fermer aux autres, c'est au contraire la condition pour donner sincèrement.
- Attendre une validation extérieure : le travail sur soi ne dépend pas de ce que les autres pensent de vous. Le guide d'Atkinson insiste sur l'ancrage intérieur.
- Sauter les exercices : le livre propose des activités en fin de chapitre. Les ignorer, c'est revenir à une simple lecture théorique qui ne changera rien.
- Se comparer aux témoignages : chaque parcours est unique. Le fait que l'auteure ait mis des années à s'apprécier ne signifie pas que vous devez reproduire son calendrier.
Un point de vigilance sur la pensée positive
Le libraire qui a refusé de référencer l'ouvrage signale un passage à la page 180 sur la pensée positive. Sans avoir accès au texte exact, on peut supposer que Sue Atkinson adopte une approche qui mélange développement personnel classique et spiritualité personnelle. C'est un point à vérifier si vous êtes sensible aux dérives du "tout est dans la pensée" ou si, au contraire, vous cherchez un cadre strictement religieux. Le livre semble se situer dans un entre-deux qui peut déstabiliser.
Pour qui ce livre est-il vraiment fait
Ce guide s'adresse à des personnes qui :
- se sentent blessées, complexes, avec une faible estime d'elles-mêmes depuis longtemps
- acceptent une approche mêlant témoignage, exercices et références bibliques libres
- ont du temps à consacrer à une lecture de 192 pages et à des activités régulières
- cherchent un cadre structuré (9 chapitres, points d'ancrage, exercices)
Il n'est pas fait pour vous si :
- vous attendez un guide strictement chrétien, fidèle à une doctrine précise
- vous voulez une lecture rapide et légère (préférez alors Pradervand)
- vous rejetez toute référence à une spiritualité ou à une religion
- vous êtes en crise aiguë et avez besoin d'un suivi professionnel immédiat
Ne restez pas seul avec ce travail
Le plus grand risque en lisant un guide sur l'estime de soi, c'est de s'isérer encore plus. Atkinson elle-même raconte comment elle s'était enfermée dans sa tour. Le livre peut être une première étape, mais rien ne remplace une relation humaine réelle : un proche à qui parler, un groupe de parole, un psychologue si la souffrance est trop lourde. Si vous sentez que le mur est trop épais, n'hésitez pas à consulter un professionnel. Un livre ne fait pas tout le chemin à votre place, il vous donne juste une carte. À vous de marcher.
